mercredi 5 décembre 2012

Lumière sur un centenaire

1912-2012 : voilà un siècle que la "fée électricité" s’est penchée sur Saint-Césaire pour que ses nuits soient moins obscures …
C’est en effet en 1912, par décision de la municipalité, que fut installé l’éclairage public au coin des rues du village. Il va sans dire que cette révolution technologique, encore à ses balbutiements, fut ici reçue comme un évènement. Et ce le fut d’autant plus que Nîmes même, à cette époque, continuait à allumer ses becs de gaz et ses lanternes :
le réseau public électrique n’y sera installé qu’à partir de 1928 !...
Quant à Courbessac, l’autre hameau rattaché à la ville, la fée ne s’était penchée sur son cas qu’en 1926...
Alors pourquoi Saint-Césaire, petit village, fut-il choisi ?...
Comme laboratoire expérimental, sachant les craintes qu’inspiraient alors l’utilisation de cette énergie nouvelle ?...
Mieux vaut prendre cette interrogation pour boutade.
Une autre raison, plus convaincante, peut être avancée.
En 1909, les habitants de Saint-Césaire avaient affiché quelques velléités à vouloir ériger le village en commune : une initiative de consultation publique avait vu le jour, laquelle ne fut pas vue d’un bon œil par les édiles nîmois. Conséquence de cette fronde, a-t-on voulu calmer les "banlieusards" en leur offrant la primauté de l’équipement public électrique, pour leur prouver ainsi que le petit hameau ne pouvait se passer des largesses de la ville-mère ?...
Ceci expliquant peut-être cela, c’est également en 1912 que le conseil municipal décida de désigner un adjoint au maire spécial au hameau : Monsieur Louis Thomas a laissé son nom dans l’histoire locale comme étant le premier des "maires de Saint-Césaire", et quelques années plus tard, en 1919, sera ouverte une mairie-annexe.
Les générations d’après-guerre 1945 ont peine à imaginer aujourd’hui que leurs parents et grands-parents ont pu vivre sans le "courant électrique", à la lumière de bougies, de lampes à huile ou à pétrole, de réverbères au gaz.
Que l’on me permette donc, pour eux, de livrer ici un petit abrégé d’histoire :
l’éclairage du domaine public dans les agglomérations fut dès l’origine justifié par "la lutte contre l’insécurité par la lumière".
Dès le moyen-âge, cette insécurité est la préoccupation essentielle des habitants dès la tombée de la nuit (ce n’est donc pas un phénomène récent de société !).
Du XIIe au XVIe siècle, toutes les tentatives de sécurisation des rues la nuit par rondes de police ou par installations de chandelles – avec le concours des riverains eux-mêmes – furent vouées à l’échec.
Il faudra attendre le règne de Louis XIV, soit le XVIIe siècle, pour que soit réalisé le premier véritable éclairage public dans les rues de Paris et du royaume par la suite : il s’agissait de lanternes à bougies suspendues à des cordes tendues d’une façade de maison à l’autre.
Le XVIIIe siècle est marqué par l’apparition et le développement de la lanterne à huile à réverbères. Amélioration notable : celle-ci pouvait être accrochée à une potence.
C’est au XIXe siècle qu’est mis au point le principe d’éclairage par le gaz hydrogène, qui va supplanter la technique précédente et s’intensifier partout en France en s’accompagnant de pose de candélabres.
Toutes les innovations qui vont alors se succéder conduiront les savants physiciens à la découverte du phénomène d’incandescence, et à son expérimentation au cours du dernier quart du XIXe siècle :
l’ère nouvelle de l’ampoule électrique à filament vient de naître.
L’électrification va s’imposer, pour l’éclairage du domaine public d’abord, pour l’essor de l’industrialisation ensuite, puis va se généraliser et atteindre tous les domaines de la société, jusqu’à l’arrivée dans les foyers. Nous sommes alors au milieu du XXe siècle,
et nous sommes tous des contemporains de la magie électrique.

Comme un clin d’œil à ce centenaire, les rues du village ancien bénéficient en cette fin d’année 2012 d’une rénovation de son éclairage public, avec remplacement de lampadaires et l’installation de lanternes plus modernes, plus performantes, et probablement plus économiques : qu’il s’agisse de coïncidence ou de décision opportune, l’initiative municipale nous donne l’occasion de souffler symboliquement les 100 bougies (je ne résiste pas à cette image)
de cet anniversaire passé inaperçu.

Tout en regrettant cependant qu’à la tombée de la nuit, et malgré toutes les illuminations qui nous entourent, notre préoccupation essentielle reste toujours celle de l’insécurité.
Comme au moyen-âge.




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